Vendredi 08.05.2026

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Le monstre à nous deux : actualités et analyses complètes

Pierre Par Pierre
6 min de lecture
Le monstre à nous deux : actualités et analyses complètes

Le monstre à nous deux est une formule empruntée à Balzac — plus précisément à Eugène de Rastignac dans Le Père Goriot (1835), lorsqu'il lance son célèbre défi à Paris depuis le cimetière du Père-Lachaise. Cette phrase, devenue emblématique dans l'histoire littéraire française, concentre à elle seule toute une vision du monde : la lutte, l'ambition, la démesure. Pas étonnant qu'elle serve de point d'entrée à de nombreuses séquences pédagogiques sur la figure du monstre.

La figure du monstre dans la littérature — définition et enjeux

Le mot « monstre » vient du latin monstrum, dérivé de monere — avertir. À l'origine, le monstre est un signe, un présage, quelque chose qui dépasse l'ordre naturel. Cette étymologie éclaire d'emblée pourquoi la littérature en est si friande : le monstre révèle ce que la société ne veut pas voir.

Dans le cadre d'une séquence littéraire, travailler sur cette figure, c'est interroger simultanément le récit, le regard porté sur l'autre et les mécanismes de l'exclusion. Le monstre n'est jamais simplement laid ou effrayant — il dérange parce qu'il ressemble trop à ce qu'on voudrait refouler.

Plusieurs textes fondateurs permettent de construire cette réflexion :

  • Frankenstein de Mary Shelley (1818) : la créature sans nom, rejetée par son créateur, devient monstrueuse par abandon.
  • Notre-Dame de Paris de Victor Hugo (1831) : Quasimodo, diforme mais profondément humain, retourne la question du monstre vers ceux qui le rejettent.
  • La Métamorphose de Kafka (1915) : Gregor Samsa devient insecte, et c'est sa famille qui révèle sa propre monstruosité.
  • Le Père Goriot de Balzac (1835) : Paris comme monstre social, dévorant et captivant.

Franchement, ce qui rend cette séquence efficace en classe, c'est qu'elle ne reste jamais abstraite. Chaque texte force les élèves à se positionner face au regard de l'autre, ce qui crée des débats riches et régulièrement inattendus.

Analyse de la relation entre les deux figures : monstre et témoin

Le titre « le monstre à nous deux » implique une relation duelle, une confrontation. Ce n'est pas un monstre solitaire contemplé de loin — c'est un face-à-face. Cette structure narrative binaire est au cœur des enjeux de la séquence.

Dans Frankenstein, la relation entre Victor et sa créature structure tout le roman. Victor fuit, la créature réclame. Le monstre devient monstre parce qu'on le traite comme tel — et non l'inverse. Mary Shelley construit ainsi une critique acerbe de la responsabilité scientifique, mais surtout morale.

Œuvre Le « monstre » Le « témoin » Nature du lien
Frankenstein (Shelley) La créature Victor Frankenstein Créateur / créature, rejet
Notre-Dame de Paris (Hugo) Quasimodo La foule / Esmeralda Pitié, admiration, horreur
Le Père Goriot (Balzac) Paris / Vautrin Rastignac Fascination, défi
La Métamorphose (Kafka) Gregor Samsa Sa famille Déni, rejet progressif

Ce tableau montre que le « nous deux » du titre n'est jamais symétrique. Il y a toujours un rapport de pouvoir, un écart. L'un regarde, l'autre est regardé. L'un nomme, l'autre subit la nomination. C'est précisément cet écart qui produit le récit.

Hugo résume cela mieux que quiconque dans Notre-Dame de Paris : « Ce qui est laid a sa beauté, ce qui est beau a ses laideurs. » Le monstre hugolien n'est jamais univoque — il déborde toujours la catégorie dans laquelle on veut l'enfermer.

Pistes pédagogiques pour exploiter cette séquence en classe

Travailler sur la séquence « le monstre à nous deux » suppose d'organiser les textes non pas chronologiquement, mais thématiquement. L'objectif est de faire émerger les tensions entre norme et déviance, entre empathie et répulsion.

Pour un lycéen de première, une progression efficace pourrait s'articuler ainsi :

  1. Partir de la définition étymologique et culturelle du monstre (étude de l'image, iconographie médiévale).
  2. Lire un texte fondateur — Frankenstein ou Notre-Dame de Paris — pour ancrer la réflexion dans le récit.
  3. Travailler la question du regard : qui désigne le monstre ? Avec quels mots ? Quels effets ?
  4. Comparer deux textes de périodes différentes pour mesurer l'évolution du traitement littéraire du monstre.
  5. Proposer un écrit d'invention : écrire du point de vue du monstre.

Cette dernière étape est souvent celle qui produit les textes les plus intéressants. Donner la parole au monstre, c'est forcer le retournement de perspective — et c'est exactement ce que la grande littérature fait depuis deux siècles.

Les ressources disponibles en PDF pour cette séquence sont nombreuses. Des sites comme Académie en ligne ou les espaces pédagogiques des académies de Versailles et Bordeaux proposent des dossiers complets, avec textes, questionnaires et pistes d'écriture. En 2024, l'académie de Nantes recensait plus de 40 séquences complètes sur la figure du monstre, librement téléchargeables.

Approfondir l'analyse : quand le monstre devient miroir social

Ce que les séquences pédagogiques sur le monstre examinent rarement assez, c'est la dimension politique de la figure monstrueuse. Le monstre n'est pas qu'une construction littéraire — il dit quelque chose de précis sur la société qui le produit.

Vautrin, dans Le Père Goriot, est un forçat en cavale, un criminel charismatique. Balzac en fait pourtant le personnage le plus lucide du roman. C'est lui qui explique à Rastignac les véritables règles du jeu social, sans hypocrisie. Le monstre dit la vérité que les gens respectables taisent. Cette inversion est vertigineuse.

Pour aller plus loin avec vos élèves, posez cette question : est-ce que la société a besoin du monstre pour se définir elle-même ? La réponse, dans presque tous les textes du corpus, est oui. Le monstre trace la frontière entre le dedans et le dehors, entre le normal et le déviant. Supprimer le monstre, ce serait supprimer cette frontière — et donc remettre en cause l'identité collective tout entière.

Voilà ce que cette séquence, bien menée, peut faire comprendre à des élèves de 16 ou 17 ans. Pas une leçon de morale, mais une invitation à lire le monde autrement.

L'auteur

Pierre

Pierre

Hello Pierre, j’ai toujours eu un faible pour les idées qui éclairent, celles qui donnent ce petit déclic dans la tête — un peu comme un tableau qui prend soudain tout son sens quand on prend le temps de le regarder.

Sur mon site, je mélange curiosité et pédagogie : j’explique, je simplifie, je creuse. Que ce soit pour comprendre un concept, apprendre autrement ou juste nourrir l’envie de savoir, je construis chaque page comme une passerelle entre la complexité et la clarté.

Pas de grands discours, juste une conviction : apprendre doit rester une aventure vivante.