Mercredi 19.08.2026

Entreprise

Alexandre Saubot : portrait du leader industriel

Pierre Par Pierre
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Alexandre Saubot : portrait du leader industriel

Polytechnicien de la promotion 1986, ancien haut fonctionnaire passé par les arcanes de l'État avant de prendre les commandes d'une ETI familiale industrielle, Alexandre Saubot est aujourd'hui l'une des voix les plus écoutées du patronat manufacturier français. Président de France Industrie depuis novembre 2020, il porte les convictions et les inquiétudes d'un secteur pris en étau entre guerre économique et impératifs de transition écologique.

D'ingénieur polytechnicien à patron d'industrie : le parcours d'Alexandre Saubot

Sorti de l'École polytechnique en 1986, Alexandre Saubot commence à construire une trajectoire résolument atypique. Dès 1991, il rejoint la Direction générale de l'Armement comme DGA. Trois ans plus tard, en 1994, il bascule vers la Direction générale du Trésor, où il assure la tutelle de la Caisse des dépôts de La Poste.

La suite est tout aussi surprenante. En 1996, le voilà conseiller technique au Ministère de la Culture et de la Communication, en charge de la presse, de la radio et du cinéma. Puis, en 1998, il intègre Natexis Banques Populaires comme directeur des fusions-acquisitions. Ce parcours transversal forge une capacité rare à lire l'industrie sous des angles multiples.

Haulotte Group : la plongée dans l'industrie réelle

C'est en 2000 qu'Alexandre Saubot arrive chez Haulotte Group, spécialisée dans les nacelles élévatrices et les chariots télescopiques. Il en prend la direction opérationnelle en 2004. Aujourd'hui, cette ETI familiale emploie près de 2 000 personnes et affiche un chiffre d'affaires de 634 millions d'euros, dont 80 % réalisés à l'international. Un ancrage concret dans la production qui tranche avec ses années d'administration centrale.

Des responsabilités institutionnelles qui s'accumulent

Le secteur industriel lui confie rapidement des mandats structurants. Il préside l'UIMM entre 2015 et 2018, puis l'Unedic. Il devient vice-président du MEDEF et de Pôle Emploi, avant d'être le premier président de l'OPCO 2i de 2019 à 2021. En janvier 2024, il est élu président du conseil d'administration de France Travail, tout en occupant depuis 2020 la vice-présidence du Conseil National de l'Industrie. Ce cumul de mandats fait de lui un interlocuteur essentielle, aussi bien dans les ministères qu'au cœur des organisations patronales.

La vision d'Alexandre Saubot pour l'industrie française : entre compétitivité, souveraineté et réindustrialisation

Pour Alexandre Saubot, l'industrie n'est pas un secteur parmi d'autres. C'est un moteur d'ascenseur social, avec des salaires élevés et de vraies perspectives d'évolution. Il affirme sans détour que 95 % des alternatives aux défis de demain seront inventées par l'industrie. Franchement, ce niveau de conviction tranche avec les discours timorés habituels.

Attirer les jeunes générations, notamment la Gen Z, constitue une priorité absolue à ses yeux. Il les incite à s'engager dans la réindustrialisation de la France, en leur prouvant que ce secteur leur donne les moyens de choisir leur destin. La filière nucléaire, par exemple, illustre parfaitement cet enjeu : elle compte 200 000 emplois directs et indirects en 2024 et prévoit de recruter près de 100 000 talents d'ici 2034, du CAP au doctorat. Les lycées professionnels représentent, selon lui, une réserve de talents trop longtemps négligée.

Géopolitique et souveraineté industrielle

L'analyse géopolitique d'Alexandre Saubot est sans complaisance. La pression économique de la Chine, le protectionnisme des États-Unis, la montée en puissance de l'Inde ou encore l'accord du Mercosur fragilisent les chaînes de valeur européennes. Lors de l'European Industry Summit d'Anvers en février 2026, il a interpellé directement le président Emmanuel Macron : « Plus que des mots, nous avons besoin de décisions face à l'accélération de la désindustrialisation en Europe. »

Il cite volontiers la définition de la souveraineté portée par Louis Gallois : non pas le repli sur soi ou l'autarcie, mais la capacité à produire suffisamment bien pour que les autres dépendent de vous autant que vous dépendez d'eux. L'oukase technocratique et le fétichisme du chiffre, comme l'objectif de la Commission européenne de réduire de 90 % les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2040, ne doivent pas mener à la désindustrialisation.

Ce que les industriels exigent concrètement

Sur la fiscalité et la réglementation, le message est clair. Les quelque 20 milliards d'euros de hausse d'impôts intégrés au budget 2026, comme les surtaxes sur l'impôt sur les sociétés, pèsent sur la compétitivité des entreprises. Les industriels réclament une simplification administrative, un arrêt des hausses de fiscalité de production et les moyens d'innover davantage. France Industrie, que Saubot préside, regroupe 30 fédérations sectorielles et 52 grandes entreprises pour porter ces demandes.

  • Secteurs en bonne santé selon Saubot : armement, défense, aérospatial, cybersécurité
  • Secteurs en difficulté : automobile, chimie, textile, ameublement

L'industrie devrait recruter plus d'un million de personnes d'ici dix ans, un emploi industriel générant trois à quatre emplois induits. Auvergne-Rhône-Alpes, première région industrielle de France selon Saubot, illustre ce que peut produire un authentique culture territoriale de la production. Ce modèle de coopération locale mériterait d'être reproduit à grande échelle partout en France.

L'auteur

Pierre

Pierre

Hello Pierre, j’ai toujours eu un faible pour les idées qui éclairent, celles qui donnent ce petit déclic dans la tête — un peu comme un tableau qui prend soudain tout son sens quand on prend le temps de le regarder.

Sur mon site, je mélange curiosité et pédagogie : j’explique, je simplifie, je creuse. Que ce soit pour comprendre un concept, apprendre autrement ou juste nourrir l’envie de savoir, je construis chaque page comme une passerelle entre la complexité et la clarté.

Pas de grands discours, juste une conviction : apprendre doit rester une aventure vivante.